LCI : l’hypnose médicale en réalité virtuelle comme alternative à l’anesthésie

LCI : l’hypnose médicale en réalité virtuelle comme alternative à l’anesthésie

VIDEO – https://www.lci.fr/sante/video-tech-innovation-hypno-vr

MÉDECINE DU FUTUR – L’utilisation de la réalité virtuelle sort de plus en plus du divertissement pour investir les champs de la science et de la santé. Hypno VR, start-up strasbourgeoise, a ainsi développé un logiciel d’hypnose médicale. Une solution innovante pour alléger les doses d’anesthésie médicamenteuse.

Vous êtes dans une pièce blanche et pourtant un univers coloré vous entoure. Vous êtes immobiles mais vous découvrez des paysages inconnus en vous laissant porter par une musique qui vous transporte. La réalité virtuelle permet de se téléporter. Mais ici, ce n’est ni un jeu ni un loisir, c’est de l’hypnose médicale ; utilisée avant une opération, source de stress, en post-opératoire, pour soulager la douleur, et même lors des interventions chirurgicales. Hypno VR est une solution logicielle qui associe le pouvoir des « suggestions hypnotiques » avec la technologie des casques de réalité virtuelle pour devenir une alternative à l’anesthésie médicamenteuse.

Denis Graff, médecin anesthésiste et hypnothérapeute, co-fondateur d’Hypno VR, décrit l’hypnose médicale comme « un état de conscience modifié, induit par un thérapeute, qui suggère au patient un état de confort, de détente, qui permet de focaliser son attention sur un souvenir agréable. » L’hypnose permet ainsi de se rendre mentalement dans un lieu de sécurité, pour se soustraire à un environnement source de sentiments négatifs, par exemple une salle d’opération.

Denis Graff estime que « l’hypnose médicale est indiquée pour un grand nombre d’interventions chirurgicales. Soit de façon isolée et indépendante de l’injection de produits pharmacologiques, donc pour des interventions plutôt légères. Soit en association avec des produits antalgiques ou sédatifs, mais avec des doses considérablement réduites par rapport à ce qu’on utilise en anesthésie classique. » En effet, le docteur Graff avance que « bien que l’anesthésie soit une pratique sécurisée et effectuée par des professionnels formés et entraînés, elle implique, comme toute technique médicale, un risque résiduel. » Certes faible, mais pas nul. « Cela peut aller du risque allergique jusqu’au risque cardiaque pulmonaire. Et de façon beaucoup plus fréquente, on observe des effets indésirables et secondaires de nausée, de fatigue post-opératoire ou de malaises, qui sont une source d’inconfort pour les patients », explique-t-il.

Mais l’hypnose médicale ne convient pas à tout le monde. Denis Graff concède « qu’il y a des patients plus ou moins réceptifs ». Il détaille : « Il y a environ un quart des patients pour qui l’hypnose sera fortement indiquée et facile à mettre en œuvre car ils adhèrent de façon importante et rapide aux techniques hypnotiques. On considère ensuite qu’une moitié des sujets sont normalement réceptifs au dispositif. Et enfin, il y a un autre quart des patients pour qui la technique ne convient pas. »

Cependant, même pour les patients réceptifs, Denis Graff précise que « l’état hypnotique est un état assez fluctuant ». Au cours d’une intervention, « on peut avoir des états d’hypnose plus ou moins profonds, notamment en fonction de l’intensité de la stimulation douloureuse. » Pas de panique pour autant, puisqu’au bloc opératoire, le patient est toujours accompagné par un professionnel de l’anesthésie. « Il est monitoré et préparé comme pour toute intervention chirurgicale, avec une voie veineuse périphérique, et nous avons la possibilité d’injecter de petites doses médicamenteuses complémentaires en cas de besoin », selon le Dr Graff.

La start-up strasbourgeoise à l’origine du dispositif Hypno VR entend permettre au plus grand nombre d’accéder à l’hypnose médicale en milieu hospitalier, grâce à la réalité virtuelle. Selon Denis Graff, « de nombreux travaux en réalité virtuelle ont été effectués et ont démontré qu’elle avait une action similaire à celle de l’hypnose, car elle agit sur la composante émotionnelle de la douleur ». Ainsi, la réalité virtuelle permettrait de démultiplier l’efficacité et la puissance de l’hypnose, grâce à une immersion multi-sensorielle propice à l’état hypnotique.

Plus concrètement, Hypno VR est un logiciel associé à une banque de données qui permet de s’ajuster au besoin de chacun. Le dispositif offre une immersion dans un univers visuel que le patient choisit – dans une librairie bibliothèque d’ambiances visuelles – pour trouver ce qui, pour lui, représente de la détente et de la sécurité. On associe à cet univers visuel une ambiance musicale et sonore, avec là aussi plusieurs styles musicaux pour que le patient puisse réellement trouver ce qui, pour lui, est source de confort. Une fois le décor et la musique sélectionnés, un texte hypnotique est ajouté à la manière de sous-titres, lus par une voix masculine ou féminine en fonction de l’indication thérapeutique.

Denis Graff est formel : « Peu importe l’acte chirurgical pratiqué, on a observé une diminution significative de la consommation d’antalgiques – notamment morphiniques – grâce à l’utilisation de ce dispositif. » Pour un certain nombre d’indications qui restent encore à préciser, on pourrait donc imaginer se passer complètement d’injections de produits pharmacologiques et médicamenteux dans le futur. Actuellement, dans certains cas, des anesthésies générales ont déjà pu être remplacées par de simples anesthésies locales, associées au dispositif Hypno VR. « Cela permet de raccourcir les délais de prise en charge au strict minimum : un patient qui auparavant passait 4h30 en moyenne dans la structure hospitalière pourrait désormais y rester entre une demie-heure et une heure », ajoute-il.

« Le dispositif Hypno VR est testé depuis plus d’un an dans trois centres hospitaliers et dans différentes indications thérapeutiques, avec des résultats tout à fait encourageants », annonce Denis Graff. Il sera commercialisé à partir du mois de septembre 2018 dans un certain nombre d’établissements de santé, sous la forme d’un système d’abonnement à la bibliothèque de scénarios. Avec ou sans engagement de durée, il représenterait un coût de quelques centaines d’euros par mois pour un établissement hospitalier.

 

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